david in winter

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vendredi 2 février 2018

Orchestres: une belle initiative paritaire


  



   En couverture du numéro de février de Diapason, revue consacrée à la musique classique et à la lutte contre les inégalités , ce gros titre : Femmes et cheffes (sic sic) d'orchestre –comment elles sont en train de gagner le combat.
   Pour ma part, je trouve que ce combat, nos futures cheffesses (ou cheftaines?) le gagnent bien lentement car les formations les plus prestigieuses  (Wiener Philarmoniker, London Symphony Orchestra, New York Philarmonic, Harmonie de Saint-Flour etc.) sont toujours dirigées, hélas mille fois hélas, par des hommes (horresco referens).
   Que faire ?
   Une solution fort simple existe.
   Nous savons que se prépare une réforme de la Constitution pour que soit élu(e) à la présidence de la République un(e) binôme paritaire composé d'une Femme et d'un homme , la Dame tenant les rênes du char de l'Etat les jours impairs , et les cédant au monsieur les jours pairs.
  Pourquoi ne pas adopter une mesure semblable pour les orchestres?
  Symphonies, oratorios, opéras etc. seraient divisés en relais de dix minutes chacun, le premier étant confié à une Cheffesse. A l'expiration de ces dix minutes, un minuteur ferait retentir une sonnerie (assez puissante pour que le bruit de l'orchestre ne la couvre pas), la maestra poserait sa baguette, quitterait le pupitre, serrerait la main au premier violon, saluerait le public puis irait s'asseoir du côté des vents pour touitter ou papoter avec ses voisins, pendant que le maestro serrerait la main au premier violon, s'installerait au pupitre etc. A la fin de ce deuxième relais, le minuteur retentirait de nouveau, le chef poserait sa baguette, quitterait le pupitre, serrerait la main au premier violon, saluerait le public puis irait s'asseoir près des cordes pour lire le journal tandis que la maestra , après s'être frayé un chemin entre les instrumentistes et avoir derechef serré la main au premier violon etc., et ainsi de suite jusqu'au dernier coup d'archet.
   --C'est bien joli, remarque un chicaneur, mais toutes les compositions ne peuvent être divisées exactement en tranches de dix minutes, certaines durent 57 minutes, d'autres 43, enfin, il n'existe guère de compte rond...
   Puérile objection! Il y a belle lurette que les chefs, ralentissant un allègro ou accélérant un pianissimo afin de montrer qu'ils comprennent mieux une partition que son auteur, donnent à toute œuvre la longueur qui leur sied, et c'est le plus aisément du monde que ce qui durait 57 minutes se traînera jusqu'à soixante, ou que sera expédié en quarante minutes ce qui s'étirait en quarante-trois.
   Une seule question reste en suspens : l'orchestre se taira-t-il pendant les changement de relais, ou continuera-t-il à jouer?
   Une haute commission doit être nommé pour étudier la chose – elle rendra un rapport.

samedi 27 janvier 2018

Pitié pour les femmes (mais pas toutes)




     --Caramba !, s'exclama el Direttore du Teatro del Maggio Musicale de Florence en achevant de lire l'argument de Carmen (livret de Henri Meilhac et Ludovic  Halévy d'après la nouvelle de Prosper Mérimée, musique de Georges Bizet ), mais... la Carmen... elle est tuée ! Et... par un homme !
    El Direttore sentit son front se couvrir de sueur. Comment, en l'an 2018, pourrait-il laisser montrer sur la scène, cette scène même qu'il dirige, le meurtre d'une Femme ?!!!
   Ainsi qu'il le déclara plus tard à des journalistes admiratifs :
   --A notre époque marquée par le fléau des violences faites aux femmes (*), il est inconcevable qu'on applaudisse  le meurtre de l'une d'elles.
   Mais que faire ? El Direttore appela aussitôt un monsieur Leo Muscato, metteur en scène de son état, et déjà chargé de massacrer par divers artifices le célèbre opéra. Tempêtes sous deux crânes et ... eurêka! La solution fut trouvée, aussi simple et parfaite que l'œuf de Christophe Colomb : à la fin de l'acte quatre et dernier, ce ne serait plus don José qui tuerait Carmen mais Carmen  qui tuerait don José. Certes, celui-ci s'exclame bien : "Vous pouvez m'arrêter, c'est moi qui l'ai tuée", mais l'opéra étant chanté en français devant un public italien, il était permis d'espérer que cette malencontreuse phrase ne serait pas comprise .
   Et c'est ainsi qu'en ce début de janvier 2018, les mélomanes florentins eurent le bonheur d'entendre une Carmen conforme aux nouvelles mœurs.
    L'affaire éveilla l'attention de nombreux confrères de notre Direttore car il existe, hélas! mille fois hélas!!!, d'autres opéras qui se terminent fâcheusement pour l'héroïne.
    Pour être bref, je n'en citerai qu'un, mais un fleuron du répertoire , c'est Otello (musique de Giuseppe Verdi, libretto d'Arrigo Boito d'après William Shakespeare). Dans lequel, je le  rappelle à l'intention des directeurs d'opéras et autres musicologues, à la fin de l'acte quatre et dernier (décidément dangereux) Otello (un homme) étrangle Desdemona (une femme).
    Tout ce qui a été dit pour Carmen peut être repris ici, pas question de montrer etc. et même solution : la frêle Desdemona étranglera le vigoureux Otello.
    Sauf que...
    Otello (Othello en français) est, nous dit Shakespeare,  un Maure, c'est-à-dire un monsieur venu d'Andalousie ou d'Afrique du Nord, et dont on a fait peu à peu un originaire du Sénégal ou de l'Ouganda, bref un migrant.
    Et peut-on, à notre époque marquée par le fléau des violences faites aux migrants, etc., montrer le meurtre d'un tel homme par une créature certes femelle , mais européenne, et aux cheveux d'un éclatant blond vénitien?
   Cruel dilemme, qu'avait pressenti mon ami Philippe Muray dans Moderne contre Moderne.
   Il existe heureusement un moyen de le résoudre, ce cruel dilemme , que je livre gratuitement  aux directeurs de théatres lyriques.
   Si toutes les femmes sont également supérieures aux hommes, elles ne sont pas égales entre elles, car il en existe qui professent ( ou ont professé) des idées nauséabondes et peuvent donc  être allégrement exterminées sous les applaudissements médiatiques.
   Je suis certain que vous avez déjà compris, ô lectrices ô lecteurs!, ce que devra faire le metteur en scène d'un nouvel Otello : affubler Desdemona d'un masque de carnaval représentant feue Mme Thatcher ( à Covent garden), ou Sarah Palin (au Met), ou Mme Le Pen (à l'Opera-Bastille), et laisser Otello l'étrangler, l'étouffer et même, pour une versions gore, l'égorger.
  Ouf!
   ---
*Surtout à Hollywood (note de moi).

mardi 2 janvier 2018

De M. Goux à Pierre Larousse, et retour


     

   Dans un récent et spirituel billet, l'excellent M. Goux relève un passage du Curé de village dans lequel Balzac cite les noms de Troplong et Toullier, et il nous révèle sa totale ignorance sur ces deux personnages.
   Il nous sera permis de nous étonner qu'un aussi grand lecteur, et lecteur d'une si solide érudition que M. Goux, puisse avoir oublié l'existence de ces deux célèbres jurisconsultes, parmi les plus savants de leur temps, d'autant que le contexte de la phrase de Balzac était à même d'éclairer ne serait-ce qu'une simple lectrice sur la profession de Troplong et Toullier.
  Mais ce qui nous a frappé de stupeur est la conduite qu'adopta M. Goux pour tenter de remédier à la défaillance de sa mémoire. Durant de longues minutes, il se proposa, ou envisagea, de recourir à une sorte de divinité électronique dispensatrice de sornettes, au lieu de se lever de son fauteuil pour ouvrir son fidèle Grand dictionnaire universel du XIXème siécle  de Pierre Larousse au tome 15 (lettre T), où il aurait trouvé une colonne et demie sur  Charles-Bonaventure Toullier (1752-1832)  et deux colonnes sur Raymond-Théodore Troplong (1795-1869), dont la lecture lui eût donné une plaisante occasion de se réjouir.
   Pierre Larousse fut un immense travailleur dont l'abondance de la production donne le vertige (et force l'admiration), mais aussi un dévot de la République, avec un fanatisme qui irrigue une foule de notices biographiques, et lui fait porter des jugements dont la mauvaise foi finit par être risible.
   Or il se trouve que Toullier se montra, sous la Restauration, quasi-républicain, et Troplong monarchiste fidèle. Aussi, c'est avec une montagne d'éloges que Larousse célèbre la vertu du premier, tandis qu'un tombereau d'imprécations s'abat sur le second.
   Je ne doute pas que ce contraste eût excité la verve de M. Goux, et nous eût valu un billet dont la lecture aurait été la plus agréable manière de commencer une nouvelle année (que je souhaite néanmoins heureuse  pour tous mes lecteurs et lectrices).
    

vendredi 22 décembre 2017

Un édile jalonneur







      Généralement de milieu modeste, l'élu local de nos dernières communes rurales se sent, sitôt revêtu d'un mandat local (conseiller municipal , régional, etc.) , transporté dans un monde enchanté qu'il n'avait alors effleuré que dans ses plus audacieux rêves en grattant des tickets de loterie, un univers où il n'y a pas à se soucier de ses gains pour dépenser, mais où l'argent coule à flots de robinets magiques offerts par de mystérieuses puissances, permettant ainsi de distribuer la manne à qui tend la main, et vous en remerciera d'un bulletin de vote portant votre nom.
    Je vis dans l'une de ces communes, et reçois donc la lettre émanant de l'un de ces organismes publics créés pour faire double ou triple emploi avec de multiples semblables, qui m'annonce, parmi d'étonnantes libéralités,  la création d'un circuit du patrimoine jalonné dans le bourg voisin.
   Ce bourg de treize cents habitants, où je vais acheter journaux et cigarettes, je le connais fort bien, il est, pour l'essentiel, resté ce qu'il était vers 1900, avec des maisons basses de un ou deux étages, façade sur rue, jardinet à l'arrière, architecture plaisante dans cette humble simplicité qui est son seul mérite, quant aux monuments remarquables, il ne s'en trouve aucun  -- à l'exception, peut-être..., de deux églises, que leurs clochers rendent  fort visibles.
  Mais, grâce à l'action persévérante d'un admirable maire que nulle difficulté ne rebute, ce bourg a obtenu d'être classé par une instance supérieure petite cité de caractère, c'est là un honneur propre à attirer les foules ont aussitôt pensé nos locaux édiles , d'où la décision de ce jalonnement grâce auquel, je cite, " les visiteurs pourront arpenter seuls les rues typiques".
  Que l'on me permette une confidence : depuis près de vingt ans, j'ai toujours pu arpenter seul la rue typique qui va de la boulangerie au bureau de tabac, mais il est vrai que je suis presque devenu un indigène.
   C'est donc pour l'allogène  arrivé des antipodes pour s'extasier sur les rares charmes d'une petite cité de caractère que vont être enfoncés de ci de là dans quelques trottoirs des clous de bronze, ces  jalons qui l'autoriseront à découvrir de manière autonome les facettes cachées d'un bourg pittoresque.
    Lesquelles cesseront d'ailleurs d'être cachées car des plaques seront apposées pour en dévoiler le secret.
   Les travaux, pour enfoncer les quelques douzaines de clous de bronze et accrocher la dizaine de plaques, dureront cinq mois et coûteront (budget prévisionnel) 20.869 euros et vingt centimes.

jeudi 4 mai 2017

Un avenir radieux, et tout socialiste



       La lecture du journal américain Breitbart m'apprit que ce M. Macron dont se délectent aujourd'hui les medias n'est pas le perfide favori de Tibère mais un vivace homonyme promis d'un cri unanime aux plus hautes destinées.
    J'entrepris donc de m'informer sur cette nouvelle étoile brillant au firmament des smartphones, je lus sa biographie dans Wikipedia (fourre-tout numérique dont le niveau intellectuel n'est pas tout-à-fait celui du Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle, mais ceci est une autre histoire) , puis parcourus diverses gazettes en ligne et remarquai le persistant retour de cette troublante interrogation : M. Macron est-il socialiste ou libéral?
   Il est difficile de juger des sentiments et convictions d'un homme sur ses actes futurs et, quoique toute âme humaine recèle bien des mystères pouvant engendrer de déroutantes surprises, je ne peux que me fonder sur les engagements passés, et certains, de M.Macron pour savoir dans quel camp il se range.
   Lors de ses études de futur haut-fonctionnaire, futur employé de banque, futur M. Etat etc., M. Macron fut membre du Parti socialiste puis, après avoir consacré de brèves années à remplir son bas de laine dans la finance, il se fit embaucher par un Président socialiste à un poste élevé d'administration de la machine présidentielle socialiste pour être enfin nommé ministre d'un gouvernement totalement socialiste.
    Et ce n'est pas n'importe quel ministère qui lui fut attribué, mais celui de l' économie (plus broutilles comme le numérique ) – et que peut-il y avoir de plus authentiquement socialiste que la pensée que le gouvernement puisse se mêler d'économie, c'est-à-dire des échanges volontaires entre individus?
    Jugeons de M. Macron sur son passé, sur les choix qu'il a faits, et nous trouvons un  socialiste, point final.
   Mais, affirment les bourgeois conservateurs toujours avides de soutenir le rusé démagogue qui les mangera, M. Macron a été, depuis son adoubement médiatique, touché par la grâce libérale, et s'il ne cite pas, comme feu Ronald Reagan, Frédéric Bastiat pour son inspirateur c'est qu'il le confond avec le gribouilleur Basquiat, triste effet d'un enseignement moderne dont on ne peut le tenir pour responsable.
    Et regardez son programme! Ne promet-il pas de secourir artisans et petits entrepreneurs en supprimant les normes qui les empêchent de travailler?
   Voilà qui est certes excellent, mais allons voir de plus près  -- M. Macron assortit cette alléchante promesse d'une restriction : il supprimera bien plein de normes ... sauf celles impliquant la santé et la sécurité.
   Or, depuis plusieurs décennies, toutes les lois et normes édictées pour détruire les libres actions des hommes, écraser l'initiative individuelle et asservir  les conduites privées ont été prises au nom de la santé et de la sécurité   -- ainsi M. Macron promet-il que rien ne changera, et nous pouvons être certains que s'il est élu le socialisme en action , même s'il est renié en paroles, continuera de triompher.
    Quel noir avenir tracez-vous, me murmure-t-on tout à droite, mais heureusement rien n'est joué : M. Macron a une concurrente  -- dont le programme est encore plus socialiste, qui de surcroît est péniblement vulgaire et ne cesse d'énoncer de racoleuses bêtises que pour proférer d'atterrantes stupidités.
   Aussi dimanche resterai-je paisiblement en ma tanière à lire Gallia orthodoxa de l'immense Bossuet (dans la traduction anonyme publiée en 1768) tout en écoutant des cantates de Telemann – et pourquoi, pourquoi ô grands Dieux, descendrai-je de ces hauteurs?